Un tsunami numérique révolutionne la santé "Intelligence Étendue" 


Intelligence Étendue

 3 mars 2018  Xavier Comtesse  Santé Digitale

En collaboration avec Daniel Walch, Directeur G.H.O.L

Le concept d’Intelligence Artificielle a de la peine à embrasser la réalité des développements et des recherches contemporaines. En effet, à la fois parce que ce qui fonctionne actuellement le mieux dans ce domaine comme le « machine learning » est bien loin d’être l’équivalent du fonctionnement du cerveau ou des neurones. Et pourtant, tous les termes utilisés par les spécialistes y font directement références. Cela entretien une certaine confusion. Par ailleurs, il faut comprendre que l’IA fait aussi appel à des phénomènes de type distribués, voire même collectifs. Ainsi plus que de voir l’avenir de l’IA prendre corps dans un humanoïde, on peut au contraire voir l’homme être enveloppé dans un nuage de « bots » (sorte de programme informatique autonome et éphémère) ayant comme vocation d’étendre ses capacités sensorielles, visuelles et cognitives.

Il faut donc envisager l’avenir de l’homme dans un enchevêtrement de réseaux « homme-machine » performant dans des activités distribuées.

Ainsi la vision même du bien-être, de la santé, de la prévention, de la maladie, des accidents, des urgences, des soins, des traitements, de la convalescence, etc. du système de santé en somme… va être complètement revisitée. On va, en quelque sorte, effectuer un « RESET » de tous les concepts et pratiques.

Préparons-nous donc à comprendre et vivre ces nouveaux enjeux.

Essayons d’esquisser ici ce qu’ils représentent concrètement :

1.- d’abord la santé sera abordée de manière beaucoup moins individuelle et beaucoup plus collective. Le malade ne sera plus isolé mais fera corps d’une part, avec « Watson » et autres assistants artificiels, et également avec le collectif soignant lui-même. Celui-ci sera, via le flux des informations de l’Internet of Health, tenu au courant de toute les évolutions, les nouvelles situations ou encore des interventions en préparation ou réalisées par le biais d’un dossier patient Internet : ouvert, décentralisé, transparent et qui aura sans doute pris la forme d’une blockchain.

Les nouvelles technologies séduisent souvent d’abord les plus jeunes, plus plastiques et réceptifs aux innovations. Un bel exemple est KidsETransplant, plateforme informatique de type « serious game » créée à Genève. Cet outil génial donne aux enfants ou adolescents transplantés du foie et à leurs proches, accès aux informations nécessaires à leur suivi médical : lettres de sortie de l’hôpital, rapports des consultations, rapports d’imagerie, résultats de laboratoires, courbes de suivi de croissance, numéros de téléphone de garde en cas de pépins, etc. Il s’agit d’un changement de paradigme essentiel dans la relation entre médecin et patient : l’AUTONOMISATION du patient dans la gestion de sa santé. Le passage à l’hôpital ou chez le médecin n’est plus qu’un « moment » dans notre parcours de santé qui lui occupe toute notre vie. L’on peut sans hésiter penser que ce type de plateformes sera bientôt disponible pour tous les patients atteints d’affections chroniques (cardiovasculaires, pneumologiques, etc.). Les assistants artificiels et l’inter-connectivité entre patient et prestataires de soins (médecins traitants, services de soins à domicile, hôpitaux et autres) permettront de maintenir les patients à domicile. L’on supprimera des passages aux urgences, des hospitalisations et des séjours de réadaptation évitables. Très rapidement, c’est la population des 65 ans et plus, surmédicalisée, qui sera bénéficiaire, à domicile, de ces nouvelles technologies. Et là, des économies substantielles vont s’engranger.

2.- ensuite la connaissance sera étendue au monde entier. Plus de 40 % des publications scientifiques mondiales sont actuellement produites hors de l’UE et des Etats-Unis notamment en Chine. Tout ce qui se passe dans le monde médical par exemple, sera connu immédiatement par les ordinateurs et autres logiciels de l’IA. Ce flux du savoir partagé va grandement changer l’accès à l’information, aux pratiques médicales et permettre à la fois, d’éviter des erreurs mais aussi d’éviter de pratiquer des actes médicaux inutiles. Une amélioration du système sera alors possible en termes de qualité mais aussi de coûts.

3.- enfin grâce à des software intelligents (IA) et des objets connectés (IoT) on pourra analyser en temps réel un nombre important de facteurs clés voire critiques pour les fonctions du vivant. Aussitôt captés et analysé, les décisions seront prises. Un monde en continu envahira la médecine. Fini les check-up annuels. Le suivi médical sera permanent. Un autre système se dessine. Il sera le fait d’un savoir complet analysé par des « bots » en tout temps … mais discrètement … on ne sera averti en même temps que le corps médical que si les choses se gâte… s’il y a urgence ! Nos visites chez le médecin laisseront plus de temps au principal : la relation humaine, l’échange, l’écoute. Les capteurs et l’IA auront déjà fait une grosse partie du travail actuel du médecin.

Bien sûr d’autres aspects de cette médecine vont se développer … mais pour l’heure ce qu’il faut entreprendre c’est un effort d’imagination, de créativité et d’ouverture d’esprit pour accueillir ce champ de possible … le pire serait de se contenter de ce que l’on a !

LE TEMPS le 3 mars 2018

  XAVIER COMTESSE

Dans les années 70/80, Xavier Comtesse est le co-créateur de trois start-ups à Genève: les éditions Zoé, la radio locale Tonic et «Le Concept Moderne». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank «Avenir Suisse» comme Directeur Romand. En 2015 il lance avec quelques experts «HEALTH@LARGE», un nouveau Think Tank sur la santé numérique. Il est mathématicien et docteur en informatique. Il est l'auteur du livre: Santé 4.0 paru récemment aux éditions Georg, Genève